IBK : le choix de la répression !

« Jupiter commence par rendre fous ceux qu’il veut perdre ». Ce vieux proverbe latin prédit un destin funeste aux dirigeants qui abusent de leur pouvoir. L’illustration parfaite est certainement en cours au Mali où le pouvoir claudiquant n’a pas hésité d’ôter la vie à nombre des citoyens et, dans sa folie meurtrière, est allé jusqu’à tirer à Badalabougou sur des lieux de culte et des corbillards, en plus sur des manifestants sans armes, dont des enfants !

Il fallait s’attendre aux tueries perpétrées de sang-froid durant les journées des 10, 11 et 12 juillet. En effet, après avoir conduit le Mali dans un cul-de sac mortifère pendant sept douloureuses années qui rappellent les calamités de l’Égypte ancienne, le pouvoir d’Ibrahim Boubacar Keïta a utilisé contre ses poursuivants le dernier moyen qu’il lui restait : l’arme létale. Est-ce que c’est parce qu’il se fait passer pour l’homme des Français, donc hyper protégé par la France et ses alliés américains,   qu’il s’est permis de telles bavures ou est-ce qu’il est des francs-maçons qui laissent difficilement  écarter leurs ouailles du pouvoir? Chacun y va de son commentaire.

Ce qui ne souffre d’aucun doute, c’est que des armes létales ont été utilisées contre le peuple meurtri qui manifestait pour exiger la démission du Président qui est la cause de tous leurs malheurs. Ce qui est davantage sûr, c’est qu’IBK qui est demeuré sourd aux sollicitations de la communauté internationale qui lui demandait avec insistance de prendre au plus vite des mesures d’apaisement afin d’éviter la crispation continue de la crise politique. Au lieu de cela, il est allé de feintes en dribbles, de faux-fuyants en glissements de peaux de banane sous les pieds des leaders de la contestation, pour finir par aboutir à un resserrement de l’étau duquel il ne pouvait se soustraire que par la violence. Sous prétexte qu’il est le garant de l’ordre et de la sécurité des personnes, il a en effet préparé les esprits à l’affrontement alors même qu’il ne dispose plus, il le sait pertinemment, de forces politiques sur lesquelles il peut s’appuyer pour tenir tête à l’écrasante majorité du peuple déçu de sa gestion calamiteuse de l’État, qui le pousse donc sans relâche à la démission avec tout son régime. IBK n’a plus que les forces de l’ordre, singulièrement les Forsat, pour donner la contradiction politique au peuple ligué contre lui. Cela s’appelle bien l’arme de la répression, notamment dans les mains du faible peu soucieux des souffrances sociales.

Lorsque, le 05 juillet, avec un mépris extraordinaire il renvoie les responsables du M5-RFP à aller discuter avec sa fantomatique majorité présidentielle constituée essentiellement de rafiots politiques en perdition, tout le monde a compris qu’il se braquait et qu’il n’hésitera pas à faire usage de la violence. Son ancien Premier ministre, Moussa Mara, qui connaît sa mentalité d’extrémiste, a fait le lendemain même, 06 juillet, un tweet qui a valeur d’alerte : “Il portera seul la responsabilité de ce qui arrivera de fâcheux les prochains jours si des décisions courageuses et vigoureuses n’étaient pas prises dans le sens d’une réponse concrète et pertinente aux doléances du M5 RFP ainsi que le communiqué de la mission de la CEDEAO”. Son autre ancien  ministre de la justice, Garde des Sceaux, l’avocat Me Mamadou Ismaïla Konaté, avait plus clairement indiqué, dès le 04 juillet, c’est-à-dire 24 heures avant sa rencontre avec le M5-RFP, l’effroyable perspective qui ne manquerait pas de se réaliser : “La seule réponse à la situation politique difficile du Mali est la loi et la vertu. Les rapports des gens avec le pouvoir, le bien public et le pacte citoyen doivent être guidés par la loi et la vertu. Quiconque mentira, volera, tuera, sera pendu…”

Plus il durera dans sa position, plus il s’enfoncera dans la répression. Si, depuis que la haute délégation de la C.E.D.E.A.O. a formulé ses recommandations à travers un communiqué rendu public le 20 juin, lendemain de la gigantesque mobilisation anti-IBK du vendredi 19 juin, Ibrahim Boubacar Keïta n’a jamais pu faire le moindre geste, ne serait-ce que par respect pour la communauté internationale, on sait qu’il n’a jamais rien eu autre chose pour son peuple que le mépris, c’est parce que premièrement il est parfaitement conscient que sous son pénible règne les injustices, les prédations et les surfacturations éhontées multiformes et globales, ont atteint des niveaux insupportables, en plus du bradage du territoire national ; deuxièmement, c’est parce que dans son subconscient, il a la certitude que quoiqu’il fasse, y compris le crime d’assassinat sur son peuple, il aura le soutien de la France qui drainera dans son train des vagons de la communauté internationale. D’où l’avertissement de Me Mamadou Ismaïla Konaté parlant de IBK arc-bouté au secours de qui vole la communauté internationale : “Il s’y prendra 100 fois qu’il s’y loupera 100 fois. 100 fois il agira en contravention de la loi et en contrariété de l’intérêt général. Ce sort est scellé par le plus Haut. Dissoudre l’Assemblée nationale, disloquer la Cour constitutionnelle, faire abdiquer le Gouvernement ne sont même plus des demandes à satisfaire”. Et de prédire la sentence : “Tout a une fin. Quand on a fini de voler l’argent public, installer qui l’on veut, où l’on veut, faire ce que l’on veut, quand on a gagné toutes les élections de tous les postes, il ne vous reste plus que le peuple en face et Dieu. Châtiment suprême !”

Le M5-RFP, conscient de la justesse du combat qu’il est en train de mener en organisant le peuple insurgé, a beau jeu de demander une enquête indépendante et internationale sur les tueries du week-end dernier suite aux manifestations citoyennes, avec la perspective d’une future plainte au niveau de la Cour Pénale Internationale (C.P.I.) pour juger les éventuels responsables des tueries.

Éventuels responsables ? Prudente formulation du M5-RFP qui n’est pas dans les excès, et c’est rassurant. Mais la demande d’explications du cabinet du Premier ministre adressée à un ministre de la sécurité qui n’existe plus sur l’engagement des Forsat dans l’arène politique suggère bien qu’il y a des responsabilités préméditées, Dieu merci. L’ADP-MALIBA, en tout cas, pour ne pas être comptable des tueries perpétrées, a préféré se retirer de la majorité présidentielle. Peut-être une première maille vient de s’échapper du tricot  entaché de sang. Tout peut vite déglinguer.

Amadou N’Fa Diallo / L’Aube

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