Energie électrique : les raisons de l’augmentation du prix de l’électricité

Les ménages maliens sont en ébullition depuis la hausse constatée sur leurs dernières factures  d’électricité. Si elle n’a pas doublé pour certains, d’autres par contre n’arrivent toujours pas à comprendre les raisons qui ont motivé cette augmentation.

Grosses incompréhensions des populations maliennes après l’augmentation du prix du kilowatt de l’électricité dans notre pays. Pourtant des explications officielles existent et bien quant à la forme tarifaire au niveau du secteur d’électricité. Que ce soit au ministère de l’énergie et de l’eau, en charge de l’électricité ou à Energie du Mali (EDM), concessionnaire du service public national de production, de transport, de distribution de l’électricité, tous sont conscients des raisons pour lesquelles l’Etat a décidé d’ajuster les tarifs de l’électricité. Et, selon des sources officielles informées, l’Etat a décidé d’agir ainsi pour des raisons diverses. En effet, les autorités maliennes ont constaté le déséquilibre des comptes financiers du secteur. Aussi, à la suite de multiples réflexions, le gouvernement a opté pour une démarche de résolution du problème, afin d’éviter tout risque de déséquilibre certain.

La démarche a pris en compte non seulement le fait que le pays connait une forte croissance économique qui a besoin d’être accompagnée, mais aussi faire face aux charges de la consommation d’électricité dans la région de Kidal, qui malheureusement reste à ce jour non facturée, donc une perte énorme pour l’Etat malien.

Selon la commission de  régulation de l’électricité et de l’Eau (CREE), avec un taux de croissance annuel moyen soutenu de 7,84%, la quantité d’électricité produite a plus que doublé sur la période 2005 – 2015, passant de 804 GWh à 1 712 GWh. Cette forte croissance s’est cependant atténuée en 2012 en raison de la crise sécuritaire qu’a connue le Mali. Sur la période observée, le réseau interconnecté est resté le principal moteur de la production, avec 90,5% d’énergie concentrée en son sein. En 2015, les sources de production raccordées au réseau interconnecté ont produit 1 594 GWh contre une production de 711 GWh 10 ans plus tôt, soit une croissance moyenne de 8,41%/an. La centrale hydroélectrique de Manantali, à elle seule, a produit 26% de l’énergie véhiculée sur le RI en 2015, faisant d’elle la plus importante source en termes de production. Elle est suivie par l’interconnexion avec la Côte d’Ivoire et les diverses locations de source de production effectuées par EDM-S.A. afin de répondre à la demande.

En 2015, la société EDM-S.A. desservait 400 690 abonnés contre 160 200 en 2005. Au cours des 10 dernières années, le nombre d’abonnés a cru en moyenne de 9,60% par an. Il a principalement été tiré par les abonnés Basse Tension (BT) qui représentent 99,51% de la clientèle d’EDM-S.A. en 2015. Cette forte croissance a été soutenue par un nombre important de nouveaux branchements effectués chaque année. Entre 2005 et 2010, ce nombre a oscillé entre 14 000 et 16 000, mais depuis 2010 il progresse de façon significative. En 2015, il avoisinait 51 000. Entre 2005 et 2015, la quantité d’énergie vendue est passée de 616,23 GWh à 1 327 GWh, soit une croissance annuelle moyenne de 7,96%. En 2015, l’énergie facturée aux abonnés BT s’élevait à 821,94 GWh (62% des ventes totales) contre 504,72 GWh (38% des ventes

Le prix moyen de l’électricité a été de 98,3 FCFA par kWh en 2015 contre 85,9 FCFA en 2005, soit une croissance annuelle moyenne de 1,35%. Sur la période observée, ce prix est resté en déca du cout de revient du kWh. En 2005, ce cout était de 96 FCFA/kWh et a connu une croissance moyenne de 4,38% par an, atteignant en 2015, 147,3 FCFA/kWh. Les subventions accordées par l’état malien depuis 2011 ont permis d’amoindrir le gap entre le cout de revient et le prix moyen, voire le combler, comme ce fut le cas en 2013 et 2014.

Sur la base des hypothèses retenues dans le modèle économique et financier, la production d’énergie devrait passer de 1712 GWh en 2015 à 6 058 GWh en 2025, soit une croissance moyenne de 13,48%/an. La production dans les centres isolés évoluera très peu dans les prochaines années et ne représentera plus que 2% de la production totale en 2025 contre 98% pour la production sur le RI. Les importations d’énergie et les productions à partir de sources thermiques connaitront une forte augmentation entre 2020 et 2025. Toutefois, dès l’an 2019, les interconnexions se positionneront comme la première source d’énergie avec une part de 42,32% et se maintiendront à cette position jusqu’en 2025.

La réalité était donc que la situation ne permettait pas, sans l’appui du Budget de l’Etat, d’assumer les charges courantes de fonctionnement, et également les dépenses d’investissement pour la réhabilitation et le développement du système électrique malien. Dans un tel cas de figure, sans mesure pragmatique, il y avait un grave risque de compromettre gravement les capacités du secteur de l’électricité à continuer de fournir de l’électricité aux Maliens.

L’ajustement tarifaire avait des caractéristiques précises au  niveau de la nouvelle grille tarifaire. Le tarif nouveau n’a pas pris en compte les abonnées Basse tension et haute tension.

Ainsi selon les caractéristiques du nouvel ajustement tarifaire, les abonnés en moyenne tension (MT), à savoir ; heures de pleine (7h30 à 19h30 et 23h à 24h) passe de 75 à 77 FCFA  HT ; heures de pointe (19h30 à 23h) de 110 à 113 FCFA HT et heures creuses (00h00 à 7h30) passe de 55 à 77 FCFA HT, doivent connaitre une révision tarifaire. Sans oublier l’augmentation des tarifs monômes avec une puissance souscrite de 25 Kw qui passe de 110 à 113 FCFA et l’éclairage public moyenne tension de 110 à 113 FCFA HT. Alors que beaucoup de Maliens surtout les bamakois se posent la question de savoir, si l’éclairage publique dans leur quartier respectif est un mythe ou une réalité. Pour la simple raison que vous pouvez parcourir des centaines de mètres dans des rues communément appelées ‘’carrées’’, sans voir d’éclairage public.

Pour contrer cet état de fait, il faudra mobiliser d’importantes ressources matérielles, humaines et financières  pour faire face à cette crise de trésorerie de la société EDM-SA. Aussi il faudra lutter sans relâche,  contre la fraude sur l’électricité qui prive le secteur d’importantes ressources qui permettraient de combler en partie les importants retards d’investissements, de renouvellements et de renforcements des réseaux qui ont pour conséquence notamment une forte dégradation de la qualité de la fourniture durant la saison sèche ou la demande est plus forte.

En plus de ces ce défi, qu’il faut absolument innover pour assurer la pérennité de l’entreprise, il faut opérer le redéploiement des agents d’EDM-Sa à Kidal, sans oublier l’administration pour pouvoir faire fonctionner les services d’assiettes de l’Etat. Car après l’éclatement de la crise de 2012, une grande partie des équipes techniques et commerciales ont été redéployées dans le reste du pays. Malgré la situation actuelle à Kidal, la société a maintenu ses activités afin d’assurer l’accès des populations à l’électricité et empêcher ainsi une grave crise sanitaire. Cela n’est pas facile notamment durant les périodes les plus critiques, mais EDM-SA, est fière d’avoir assuré sa mission de service public durant toute cette période et d’avoir ainsi contribuer à protéger des vies humaines et à sauvegarder les réseaux électriques dans cette région de notre pays parce que sans alimentation électrique, ces réseaux auraient été sans aucun doute détériorés ou emportés.

Paul Y. N’GUESSAN/ Le Flambeau

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